Depuis 2016, nous mesurons les résidus de pesticides dans l’air en Corse. À l’occasion de ces dix ans de surveillance, ce dossier explique comment ces substances rejoignent l’atmosphère, comment nous les mesurons et ce que les résultats permettent de comprendre.
Les pesticides sont souvent associés aux cultures, aux sols ou à l’alimentation. Ils peuvent également se retrouver dans l’air. Leur surveillance apporte donc une information complémentaire pour mieux connaître leur présence dans l’environnement.
Dans ce dossier :
1. Pourquoi trouve-t-on des pesticides dans l’air ?
Le terme « pesticides » recouvre différentes substances utilisées pour lutter contre des organismes considérés comme indésirables. Parmi les principales familles figurent les herbicides, les fongicides et les insecticides.
Les produits phytopharmaceutiques, utilisés pour protéger les végétaux, constituent une partie de cet ensemble. D’autres pesticides répondent à des usages différents, notamment certains usages biocides.
Plusieurs mécanismes peuvent expliquer leur présence dans l’atmosphère :
- Pendant l’application, une partie du produit peut être entraînée dans l’air : c’est la dérive.
- Après l’application, certaines substances peuvent passer dans l’air depuis les surfaces traitées : c’est la volatilisation.
- Lors de la remise en suspension des sols, des particules contenant des résidus peuvent être transportées par le vent.
La présence de pesticides dans l’air ne se limite donc pas au moment du traitement. Elle dépend aussi des propriétés des substances et des conditions environnementales.
2. Une surveillance en Corse depuis 2016
Nos premières campagnes ont débuté en 2016. Le dispositif s’est progressivement enrichi pour étudier différents environnements et mieux connaître les substances présentes dans l’air.
La Corse participe également aux travaux nationaux. La campagne nationale exploratoire menée en 2018-2019 a permis de mesurer 75 substances sur 50 sites selon un protocole harmonisé. Un suivi national pérenne a ensuite été mis en place en 2021.
Cette surveillance poursuit plusieurs objectifs :
identifier les substances retrouvées
mesurer leurs concentrations
observer les variations au cours de l’année
documenter les différences entre les sites
alimenter les connaissances régionales et nationales
3. Comment réalisons-nous les mesures ?
Des appareils prélèvent l’air sur des supports capables de retenir les substances présentes sous forme gazeuse ou associées aux particules. Ces supports sont ensuite analysés en laboratoire.
Les analyses recherchent une liste définie de substances. Elles ne couvrent donc pas tous les pesticides existants.
En 2025, la surveillance a porté sur 72 substances actives, sur trois sites : La Marana à Lucciana, Belgodère et Confina 2 à Ajaccio. Les prélèvements ont été répartis sur l’année, avec une fréquence renforcée du printemps à l’automne.
Détecter et quantifier : quelle différence ?
- Rechercher une substance signifie que le laboratoire réalise une analyse pour déterminer si elle est présente.
- Détecter une substance signifie que l’analyse met en évidence sa présence.
- Quantifier une substance signifie que sa concentration peut être déterminée avec une précision suffisante, au-dessus de la limite de quantification de la méthode.
Une substance peut ainsi être détectée sans que sa concentration puisse être quantifiée.
- À retenir : la limite de quantification est une limite technique de l’analyse. Ce n’est pas un seuil sanitaire.
4. Que nous apprend la surveillance en Corse ?
La surveillance apporte deux informations complémentaires : à quelle fréquence une substance est retrouvée dans l’air et à quelle concentration elle est mesurée. Une substance souvent détectée n’est pas nécessairement présente en grande quantité.
Dix ans de surveillance en chiffres
Quelles substances sont le plus souvent retrouvées ?
Le graphique ci-dessous présente les dix substances les plus fréquemment détectées dans les données corses étudiées, avec les résultats nationaux correspondants.
Trois enseignements à retenir
- Le lindane est fréquemment retrouvé dans les deux ensembles de données. Il est détecté dans 71 % des analyses en Corse, contre 73 % au niveau national.
- Le chlorpyriphos-méthyl se distingue dans les résultats corses. Sa fréquence de détection et sa concentration moyenne sont supérieures aux valeurs nationales présentées.
- Les différences varient selon les substances. Le métolachlore-S, la pendiméthaline et le triallate sont, par exemple, moins fréquemment détectés en Corse que dans les données nationales.
Ces résultats décrivent les sites et les périodes étudiés. Ils ne permettent pas de conclure à une présence globalement plus faible ou plus élevée de tous les pesticides en Corse.
Les valeurs nationales sont des repères de comparaison, et non des seuils sanitaires.
Pourquoi retrouve-t-on des substances interdites ?
Certaines substances persistent longtemps dans l’environnement. Leur détection peut notamment être liée à des résidus anciens et à leur remise en circulation.
Une détection ne permet pas, à elle seule, de déterminer l’origine exacte de la substance ni de conclure à une utilisation récente.
Aller plus loin : les concentrations par substance
Le graphique précédent présente les substances les plus fréquemment détectées. Les graphiques ci-dessous permettent d’examiner plus précisément les concentrations moyennes de chaque substance en Corse et de les situer par rapport aux références nationales.
Jauges de positionnement : elles situent la concentration moyenne en Corse (aiguille — moyenne sur tous les prélèvements de la période, non-détections comptées comme 0 ng/m³) par rapport aux valeurs minimale et maximale parmi les détections nationales, et à la moyenne nationale (en bleu, même méthode, calculée sur tout l’historique disponible). Ce ne sont pas des seuils sanitaires, seulement des repères de lecture et de comparaison
Parcourez les graphiques avec les flèches ou en les faisant glisser sur mobile. Ces valeurs sont des repères de comparaison, et non des seuils sanitaires.
Substances autorisées
Substances interdites
5. Comment interpréter les résultats ?
Les mesures répondent à des questions précises : quelle substance a été retrouvée, à quelle concentration, sur quel site et pendant quelle période ?
Pour les comprendre, il faut distinguer trois informations :
| Information | Ce qu’elle décrit |
|---|---|
| Fréquence de détection | À quelle fréquence une substance est retrouvée dans les analyses |
| Concentration | La quantité de substance mesurée dans un volume d’air |
| Propriétés toxicologiques | Les effets que cette substance peut provoquer dans certaines conditions d’exposition |
Ces informations se complètent. Une substance fréquemment détectée n’est pas nécessairement celle dont la concentration est la plus élevée.
Les mesures représentent-elles toute la Corse ?
Les résultats décrivent les sites et les périodes étudiés. Ils ne constituent pas une mesure de l’exposition individuelle de chaque habitant.
Peut-on comparer les années et les régions ?
Les comparaisons nécessitent un périmètre cohérent : mêmes substances, périodes comparables, méthodes compatibles et prise en compte des caractéristiques des sites.
Un changement du nombre de substances recherchées ou du calendrier des prélèvements peut modifier les indicateurs. Une évolution apparente ne traduit donc pas automatiquement une hausse ou une baisse de la présence de pesticides.
6. Que peut-on dire des effets sur la santé ?
Certaines substances possèdent des propriétés préoccupantes pour la santé. L’évaluation d’un risque dépend cependant de la substance, de la quantité absorbée, de la durée et des voies d’exposition.
Les mesures dans l’air constituent une partie des informations nécessaires. Elles ne suffisent pas, à elles seules, à établir un diagnostic sanitaire.
Les travaux de l’Anses portent notamment sur les valeurs sanitaires de référence par inhalation et sur l’intégration des différentes voies d’exposition et des mélanges de substances dans l’évaluation des risques.
Contrairement aux principaux polluants atmosphériques réglementés, les résidus de pesticides dans l’air ambiant ne disposent pas de valeurs limites générales permettant de classer les résultats comme conformes ou non conformes.
L’absence de seuil réglementaire ne signifie pas une absence de risque. La détection d’une substance ne démontre pas non plus, à elle seule, un risque sanitaire aux concentrations mesurées.
7. Pourquoi poursuivre cette surveillance ?
Dix ans de mesures constituent un socle de connaissances. La poursuite du suivi permet de documenter les variations, d’étudier la persistance de certaines substances et d’alimenter les travaux nationaux.
Nos résultats contribuent à une démarche collective : mieux connaître la présence des pesticides dans l’air pour éclairer l’information du public et les décisions.
8. Consulter les rapports et les données
Les rapports de surveillance en Corse
Nos rapports présentent les résultats des campagnes de surveillance des pesticides dans l’air menées en Corse depuis 2016. Ils détaillent les sites étudiés, les méthodes de mesure et les substances retrouvées, pour mieux comprendre les observations réalisées au fil des années.
Historique des rapports
La surveillance des pesticides en 2025
La surveillance des pesticides en 2024
La surveillance des pesticides en 2023
La surveillance des pesticides en 2022
La surveillance des pesticides en 2021
La surveillance des pesticides en 2020
La surveillance des pesticides en 2019
Les données nationales
Atmo France rassemble les mesures réalisées par les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air dans la base PhytAtmo. L’outil PhytAtmo Dataviz permet également d’explorer les résultats disponibles.
Une plateforme de visualisation des données régionales en développement
Qualitair Corse développe une plateforme pour faciliter l’exploration des données de surveillance des pesticides dans l’air en Corse. Elle permettra de consulter les résultats par substance, site et période, et de les mettre en perspective avec les données nationales.
Les graphiques présentés dans ce dossier en constituent un premier aperçu. Cet outil viendra compléter les rapports d’étude pour rendre les résultats plus accessibles et accompagner leur compréhension.
































